La mise en scène du partage en salle

Le repas, comme un opéra
La perception d’un plat est étroitement lié à l’environnement dans lequel celui-ci est dégusté. La mise en scène autour du repas (le décor, la lumière, le mobilier, l’attitude du personnel , la manière de présenter les plats) contribue au plaisir de la dégustation. Aussi, réfléchir à l’aménagement de la salle, à l’accueil et au service, avec autant de soin que la cuisine, m’a paru essentiel lors de l’ouverture du restaurant Le Neuvième Art.

Le repas au restaurant ressemble à un opéra, avec sa succession de tableaux, ses rythmes, sa musique, son décor, un début, un milieu et une fin. Une dramaturgie retranscrite non seulement à travers le repas en lui-même, mais également à travers tout le cérémonial qui l’accompagne.

La salle du restaurant fait partie intégrante du spectacle. C’est à la fois une scène (lieu d’action) et un amphithéâtre (lieu d’observation).

 

Le design naturel

« La nature est belle quand elle a l’aspect de l’art, et l’art ne peut être appelé beau que si nous avons conscience que c’est de l’art et s’il offre cependant l’apparence de la nature ». Kant

Pour la décoration de la salle du Neuvième Art, nous avons fait appel au couple de designers Alain et Dominique Vavro. Il s’agissait de créer un cadre apaisant, sobre et élégant qui prépare au voyage gustatif et qui fasse écho aux plats de la carte. C’est ainsi que nous avons choisi un mobilier aux lignes douces, aux tons clairs (beige, vert tendre, orangé, gris, blanc) et essentiellement composés de matières brutes (bois, liège, lin, pierre, verre…). C’est par exemple le cas des fauteuils Ligne Roset qui répondaient parfaitement à ces critères, à la fois ergonomiques et esthétiques, aux formes modernes et épurées.

 

Le met et l’assiette

Comme le design de la salle participe à la mise en scene du repas, le design de l’assiette participe à la mise en scène d’un plat. Le contenant, par sa forme, sa matière, sa couleur, renvoie au contenu, c’est-à-dire au met en lui-même. Il fait naître la création culinaire, et vice-versa. L’inspiration prend sa source n’importe où : dans l’assiette Serax dont l’ondulation rappelle celle d’un coquillage, et qui m’a inspiré une recette aux influences iodées. Dans les sculptures en métal créées par Stéphane Caniard, aux allures de chausses pieds que nous avons détournés en réceptacle plat.

Ainsi, il me semble essentiel de laisser un échange s’ouvrir entre le décor de la salle, le décor de l’assiette, et la création culinaire (dans sa forme comestible), et de créer une harmonie de styles, une complémentarité entre ces trois ingrédients qui font la recette d’une expérience sensorielle réussie.